Neuropédagogie et neuroéducation

Intelligence et performance -S01E00

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Etes-vous intelligent ? L’intelligence existe-t-elle ou n’est-ce qu’un construit, c’est-à-dire quelque chose que nous avons créé pour l’étudier ? L’intelligence est-elle une propriété humaine, ou est-elle partagée par les animaux et végétaux ? Peut-on mesurer l’intelligence ? Mesure-t-on ce qu’on est sensé mesurer ? Peut-on améliorer son intelligence ? Comment ? L’intelligence est-elle unique ou plurielle ? L’intelligence est-elle stable au long de sa vie ou varie-t-elle ? Existe-t-il des différences d’intelligence entre groupes humains, aujourd’hui ou à travers les âges ? Peut-on les comparer ? L’intelligence est-elle héritée ou construite ? Quels sont les traits communs aux génies ? Quelles sont les relations entre l’intelligence, la créativité, la personnalité, la motivation, le raisonnement, la prise de décision et tout ce qui fonde ce que nous sommes ? Existe-t-il une intelligence collective, sociale, une intelligence des organisations ? Comment améliorer cela ?

Voilà quelques questions auxquelles je vais répondre à travers cette série. Avec de la vraie science et de vraies critiques.

POURQUOI LES FOURMIS NE PEUVENT-ELLES PAS GRIMPER AUX ARBRES ?

Prenez le temps de réfléchir à cette question très sérieuse avant de poursuivre votre lecture. Vraiment.

Vous avez sans doute émis plusieurs réponses, et peut-être avez-vous contesté la question, arguant que vous avez observé des fourmis grimper aux arbres.

Si vous passez du statut d’observateur humain à celui de fourmi actante, alors vous n’avez pas de mot pour qualifier l’arbre qui appartient à votre environnement de fourmi dont vous ne percevez qu’une partie, ou en tout cas, pour le moment, nous dénions à la fourmi l’accès aux mots et sa capacité à embrasser le tout. L’avons-nous, même si on est propre (oh le beau jeu de mots) ? Comme observateur humain, vous transformez l’objet observé, ce que prouve expérimentalement la physique quantique.

Cette fourmi, c’est vous, c’est moi. Peut-être que nous nous croyons super malins, super brillants, et qu’il existe une autre intelligence, ou d’autres intelligences qui sont en train de bien se marrer.

En tout cas, pour le moment, le virus, un organisme que l’on ne sait pas qualifier de vivant ou de non vivant, est en train de malmener nos corps et nos sociétés évolués, de nous diviser.

En fait, on peut légitimement dire que la fourmi peut grimper aux arbres (« point de vue » humain) et qu’elle ne peut pas grimper aux arbres (« point de vue » que l’on prête à la fourmi). La contradiction n’est qu’apparente puisque tout dépend du statut de l’observateur, le « point de vue » étant un point d’observation.

Comme en philosophie où vous avez l’antithèse (que l’on devrait plutôt appeler « alterthèse ») qui présente la thèse que l’on ne défend pas, la thèse que l’on défend, et la synthèse où l’on dépasse la contradiction qui n’est qu’apparente.
Certes
Cependant
En réalité

En sciences, c’est la même chose. Certes, il arrive que des découvertes reviennent sur tout ce qui constituait la « vérité », cependant la plupart du temps, c’est une affaire de fourmis, de hérissons et d’humains; en réalité, c’est l’observation multiple avec des instruments multiples d’une même réalité complexe préexistante ou d’une réalité existante qui se construit au moment où on l’observe. Et on est très loin d’en avoir fait le tour.

La plupart du temps, la contradiction n’est donc qu’apparente, et il faut grimper sur la pyramide pour s’en apercevoir. Ce qui nécessite d’étudier beaucoup, en sachant qu’on n’étudiera jamais assez pour parvenir au sommet.

On pourrait alors s’en remettre à une intelligence collective et grimper tous ensemble sur la pyramide en s’aidant les uns les autres et en s’aimant les uns les autres et faire abstraction de nos égos et intérêts particuliers (bien sûr !), bref, un bang-bang géant, ne lisez pas ce que je n’ai pas écrit. L’univers-bang ou l’univers-bounce, ça ne tient qu’à une lettre, tout est affaire de gravitation.

L’intelligence collective n’est pas sans poser de nombreux problèmes, j’y reviendrai.

« La science ne dit pas la vérité, elle réduit les incertitudes », et ce qui est contradictoire n’en a souvent que les apparences. Il faut grimper sur la pyramide.

Plusieurs sciences coexistent pour étudier le même phénomène, l’une n’invalidant pas l’autre. Le monde est complexe, c’est tout.

Prenons le cas du neuromodelage, qui vise à créer des intelligences artificielles. Voyons ce qu’en disent Churchland et Sejnowski dans The Computational Brain:

« Le neuroscientifique :
1. Montrez-moi les résultats du neuro-modelage qui aident à expliquer ou prédire les résultats expérimentaux.
2. Ils (les non neuroscientifiques) ne connaissent pas grand-chose des neurosciences, même s’ils font du neuro-modelage »

Le psychologue :
1. Montrez-moi les résultats du neuro-modelage qui aident à expliquer ou prédire les fonctions psychologiques et le comportement.
2. Ils (les non psychologues) ne connaissent pas grand-chose des résultats de la psychophysique et de la psychologie même s’ils modélisent les capacités et performance psychologiques.

L’informaticien :
1. Montrez-moi les résultats du neuro-modelage qui aident à comprendre la nature de la computation et de la représentation ou qui produisent de nouvelles idées sur ces sujets.
2. Ils (les non informaticiens) ne connaissent pas grand-chose des circuits électriques, des analyses mathématiques ou des théories existantes sur la computation.

Le philosophe :
1. Montrez-moi les résultats du neuro-modelage qui sont pertinents aux problèmes philosophiques en ce qui concerne la nature de la connaissance, de soi, de l’esprit.
2. Ils (les non philosophes) ne comprennent pas certaines contributions des philosophes à circonscrire les questions sur la manière dont fonctionne l’esprit, et qui sont utiles, économisent du temps et épargnent bien des errements. »

Le monde est complexe, et même la démarche empirique est incapable de nous en fournir toutes les clefs, comme le rappellent Kosbelt et al. dans « theory of creativity »:

« Un scientifique recueillera toutes sortes de preuves informatives, y compris l’introspection. Un scientifique doit être résolument critique, cherchant les raisons de ne pas croire les hypothèses, sans doute spécialement les siennes et qui sont plutôt brillantes. Lorsque l’empirisme, portée à son extrême devient une force importante dans un champ d’étude, la recherche risque de dériver dans une forme de journalisme, au lieu de laisser le jour à un potentiel (aux possibilités) non expérimenté. Si Einstein s’était limité à ce qui est observable, il n’aurait pas pu faire un travail théorique sur la relativité restreinte. »

Si j’ajoute que tout ce que l’on peut énoncer est le résultat d’une compétition entre neurones (pas seulement !), que ceux qui gagnent sont ceux qui s’entendent le mieux et brillent le plus sur la piste de danse, alors que nous avons tant d’autres idées qui ont perdu cette chorégraphie ou n’ont même pas eu l’occasion de s’y livrer, on comprendra que ce qui peut être observé est:
une performance ! Soit, ce qui a été performé.

Ainsi, quand deux apprenants prennent des notes, la performance observable est la prise de note. Ce qu’on ne sait pas, qui n’est pas observable, est ce qui se passe dans leur tête.

Pour l’apprenant A, prendre des notes, c’est retranscrire par écrit ce qui a été énoncé ou fait. Son attention sera portée vers la fidélité, et son projet sera de revoir ses notes plus tard.

Pour l’apprenant B, prendre des notes, c’est mettre en relation ce qu’il sait déjà avec ce qui a été énoncé/fait, éliminer, reformuler, puis retranscrire par écrit le résultat de ce travail, dans un projet d’apprendre au moment où il prend ses notes.

On peut trouver des apprenants C, D (etc.) qui procèdent encore différemment, et de multiples combinaisons.

Voilà pourquoi le débat entre pédagogies prétendument actives ou prétendument passives est un faux débat. Ce qui importe, c’est ce qui se passe dans la tête d’un apprenant, ses représentations (acception constructiviste) ou son comportement privé (acception behavioriste)

Quand vous jugez les propos de quelqu’un, ses actes, sa tenue vestimentaire, ses appartenances ou son identité, ses connaissances, vous évaluez une sorte de performance observable.

Vous pouvez le faire avec des outils et des démarches plus ou moins rationnelles: votre mauvaise foi, votre intuition, vos connaissances, vos tests (etc.), mais ce que vous évaluez, c’est:

une performance observable.

Et si vous changez d’outil ou de démarche pour évaluer, vous obtiendrez sans doute d’autres résultats, vous mettrez en lumière d’autres performances observables.

Alors,
Evalue-t-on l’intelligence ou un comportement intelligent ?
Dans la S01E01, nous verrons ce que ne mesurent pas les tests de QI.